Jésus leur dit : « Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n'aura jamais faim ; qui croit en moi n'aura plus jamais soif. » Jean, 6-35
Jeudi 23 fév 2012

Arrête de déconner, je veux des cendres !

Ah, le voilà, le beau temps du carême. Ah le beau temps que v’là, oui m’dame, où l’on peut se purifier, se tourner vers les autres, se convertir, se priver de ceci, cela, faire jeûne, et abstinence, et écouter conseils spirituels, homélies, et tutti quanti.

Moi, ça m’a toujours un petit peu gonflé, le carême. Je ne sais pas pourquoi, c’est le moment où je rêve de faire un casse dans une usine de choucroute, de dire des gros mots, de pioncer le dimanche matin, tout ça. Et me taper des steaks tartare commasse, le vendredi, ben oui. Ça m’a souvent semblé un peu terne, un peu gris, un peu catho tout riquiqui qui soufrette pour sa vie spirituelle, quand d’autres crèvent, vraiment, de tonnes de privations, pour de vrai, et sans choix cette fois. Un peu les Le Quesnois qui jouent à se faire bobo, hein, pendant quarante jours, houlala, et après reprennent la bonne bouffe, les fringues de marque, et la voile à la Baule. Dis-donc, on a bien carêmé, ç’t'année.

En fait, je suis un con. Je ne veux pas reconnaître que j’ai besoin d’être purifié. Je ne veux pas du pardon, repartir à zéro, me décentrer. Je veux tout sans effort. Surtout pas réfléchir à ce qui est bien ou mal en moi. Je ne veux pas qu’on m’aide, je veux pleurer tout seul, accuser l’univers de tous mes maux.

Mais bien sûr, que j’ai besoin de jeûne. Couper les écouteurs, ne plus servir mon ventre, et me tourner vers l’autre, qui me fait chier. Oui, j’ai besoin de toi, mon Dieu, j’ai besoin que Tu m’aimes, que Tu me dises, voilà, y’a des trucs qui déconnent, en toi, viens à l’écart. Fais silence et écoute, on va causer.

Bien sûr que j’ai besoin de jeûner, de laisser des espaces où le pardon peut se glisser. Jeûner c’est se priver de ce qui nous aveugle, nous tue, nous fait vieillir parfois. C’est retrouver la possibilité d’aimer, Dieu l’autre et moi, c’est redevenir jeune en quelque sorte. Jeûner rend jeune. Je jeune, tu jeune, nous jeune en Dieu la source de toute jeunesse.

Mon bateau ivre a besoin de se ré-amarrer, de pointer vers la bonne étoile, retrouver le bon courant. Arrêter de ne suivre que mes désirs, mes illusions, mes peines, vider la cargaison pourrie, se recharger de tendresse, de pureté, de charité.

Puissions-nous, quel que soit notre degré de foi, de pratique ou de conscience chrétienne, profiter du carême pour redevenir nous-même, redonner le meilleur, dans notre relation à soi, à Dieu, aux autres !

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Photo publiée sous licence Creative Commons par Eileen Delhi à l’adresse : http://www.flickr.com/photos/eileendelhi/294593909/in/photostream/

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