Ca fait quelque temps que je me dis, le silence on n’en parle pas assez, et enfin, l’occasion se présente d’évoquer le sujet grâce à Benoît XVI qui ose enfin briser l’omerta sur le silence en le choisissant comme thème central de la prochaine Journée Mondiale des Communications Sociales, aussi paradoxal que cela puisse paraître.
Il semblerait dans notre monde que tout est fait pour que nous ne soyons jamais en silence. Complot géant ? Conspiration mondiale ? Machination planétaire ? Je ne pense pas. Mais toujours est-il qu’il existe un fond sonore constant dans notre vie entre la musique dans les magasins, les radios et télés allumées en continu, le brouhaha des voitures etc. Pourquoi ? Parce que le silence nous fait flipper. Quand vous parlez à quelqu’un, n’avez vous jamais appréhendé ce moment de blanc, ce petit temps de silence qui vous met mal à l’aise et qui vous fait sentir bête ?
Un jour une ado à qui j’avais demandé pourquoi elle avait en permanence son casque sur les oreilles m’a rétorqué : « C’est parce que j’ai pas envie de m’entendre penser ». Intéressant. Dans le silence en effet, nous nous retrouvons seuls face à nos pensées, et Dieu sait si elles sont nombreuses. Comment ne pas se laisser submerger par toutes ces ondes négatives, nos problèmes, nos souffrances, notre imagination, etc ? La liste des choses qu’on à faire, le Dossier Pruneau qui au travail nous prend vraiment la tête. Pas évident. Nous ne savons pas rester en silence car nous sommes désemparés face à ce qui nous habite. Alors on préfère fermer la porte à tout, y compris aux bonnes choses, pour être tranquille.
Or je pense que ça vaut le coup de prendre le temps d’essayer, et de prendre le risque du silence. Pour cela il faut d’abord pouvoir calmer la joyeuse – ou triste – bande de nos pensées, émotions, passions en tous genres, qui se baladent ébouriffées et à moitié habillées dans notre esprit. Il faut pouvoir faire de l’ordre et ranger ce beau monde en fonction des priorités, en neutralisant les trolls qui n’ont rien à faire chez nous, et en calmant les excités. Une fois un peu cadrés, ils pourront devenir intéressants.
Lorsque le calme peut se faire enfin dans notre esprit c’est là que survient le grand risque, le grand frisson : entendre au fond de soi, son cœur profond, son de désir de vie, ses rêves inavoués, cette petite voix, parfois imperceptible qui croit en nous et qui nous veut du bien. Cela semble une évidence mais ce n’est que dans le silence que la parole ou la Parole, celle de Dieu, peut se faire entendre. Madeleine Delbrel le résume très bien par ces mots : « Faire silence, c’est écouter Dieu. » Cela demande du temps, de la patience… et de l’écoute. A nous de trouver les moyens pour éclairer et faire grandir cette force d’amour ancrée au plus profond de notre être. Alors pourquoi mettre un couvercle de mp3 à la fois sur nos pensées mais aussi sur notre cœur, alors que cette voix souhaite notre bonheur ? Pourquoi être à ce point incapable de l’écouter ?
Je pense qu’il nous faut choisir le silence, plutôt que de le subir. Aussi, je rêve d’une journée mondiale du silence, où on se passerait de la futilité de nos paroles, et au cœur de laquelle le silence, et Dieu avec lui, pourrait se faire entendre.
PS : vous pouvez également écouter ce billet dans le Blog notes de Radio Notre-Dame
















Intéressant premier niveau de silence.
Mais à fouiller encore, notamment dans la perspective des pères du désert. Le « vrai » silence est non pas écoute, mais négation de soi pour mieux grandir en Dieu (enfin ce que j’en ai compris).
Je fais le malin, évidemment, mais j’avoue avoir découvert cet axe récemment, résumé ici (http://luc1249.wordpress.com/tag/voie-du-silence/), et surtout dans un petit livre de Michel Laroche « La voie du silence dans la tradition des pères du désert »…
Merci pour ces précisions, il va falloir maintenant passer le diplôme pour le niveau supérieur
Très belle réflexion ! Le silence c’est en effet parfois très agréable mais trop de silence n’est pas très agréable !